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Scarabée & Chocolat.

Scarabée & Chocolat.
Nos regards se sont croisés. Tes yeux bleus m'ont frappé. Tu avais l'air un peu timide. Mais tu m'intriguais. Tes cheveux noirs te donnaient une allure mystérieuse. Au début, je n'ai pas osé. Puis, avant de regretter, je me suis décidée : je t'ai parlé. Tu étais Anglais. Tu m'as tout de suite mise à l'aise. Mais, malgré tout, tu m'intimidais. Tu te penchais en avant pour me parler dans l'oreille, comme si tu voulais me confier un secret. Je n'arrivais pas à détacher mes yeux de ton visage. J'aurais voulu continuer à me perdre dans ton regard, mais j'ai dû m'en aller. Longtemps je t'ai guetté, mais tu n'es pas arrivé. Je m'en suis voulu de ne pas être restée à tes côtés. Je n'ai pas arrêté de penser à toi. Ton image me hantait. Notre conversation défilait en boucle dans mon esprit. Je regrettais d'être partie, d'avoir fuit mes sentiments. Je voulais me rattraper.
Alors, le soir, tu étais assis au bar, je me suis dit que c'était le moment où jamais. J'ai pris mon courage à deux mains pour venir te parler. J'ai attendue, je me suis ridiculisée. J'étais assise à une table de six, j'étais toute seule. Ton père s'est levé. J'ai compté jusqu'à dix dans ma tête, et avant de changer d'avis je me suis jetée à l'eau. Mon c½ur battait à deux cent à l'heure, il faisait frais, je tremblais. Je ne voulais pas te déranger, j'essayais de me justifier. Pour toi, c'était naturel. Tu m'as accueillie comme si tu me connaissais depuis toujours. J'ai été surprise, ça m'a plu. La musique était assez bruyante, je criais presque pour me faire entendre. Nous avons longuement discutés. De tout, de rien. De nos vies, de nos expériences, de nos voyages, de nos amours. Tu m'as posé des millions de questions. Tu étais vraiment intéressé. Je te l'ai dit hein, que je parlais mieux le français que l'Anglais, même si j'étais Américaine. Tu t'es un peu moqué. Mais au fond, je le savais bien que tu t'en fichais, que tu ne t'arrêtais pas à ça. Je voyais en toi quelqu'un de différent. Vraiment, tu n'étais pas comme les autres, tu creusais plus profond, tu t'investissais dans la conversation, tu ne te fiais pas aux apparences. Tu voyais plus loin.
La nuit se faisait de plus en plus noire, mais on continuait de discuter, d'en savoir plus sur l'autre. Je me sentais vraiment bien. Je vivais dans un rêve. Je me croyais dans un film.
Et puis là, tu me l'as annoncé. Que tu partais le lendemain à six heures. Que cette semaine qui aurait pu être magique, ne serait que solitude, ennui et nostalgie. Nostalgie de ne plus te voir, d'imaginer ce que ça aurait pu être si tu avais été là, de me dire que ça aurait pu être mieux.
Et puis tout s'est accéléré. On s'est levés. J'ai inversé les traditions, et c'est moi qui t'es raccompagné.
On a continué de parler, comme pour emmagasiner le plus de souvenirs possible, comme pour défier le temps, pour lui montrer qu'on irait plus vite que lui. Mais on devait arrêter de se voiler la face, il fallait voir la réalité, la vraie, tu devais t'en aller. Me laisser. J'ai essayer de stopper le temps, ou au moins, de le ralentir. Mais ça ne fonctionnait pas. Tu m'as fait un hug. Un câlin, un vrai, celui où on peut se perdre dans les cheveux de l'autre, tout en se caressant le dos. C'était irréel. J'voulais prendre une photo, pour m'en rappeler, pour que ce moment ne se perde pas dans l'éternité, qu'il reste graver dans nos mémoires, comme un dernier au revoir... Mais c'était trop tard. Tu m'as lâchée, on s'est regardés, on s'est souris, et tu es parti. Je voulais exprimer ce que je ressentais, mais tout était trop vague pour l'extérioriser. J'aurais pu ouvrir la bouche et parler, mais je pense qu'il n'y aurait pas de mots qui seraient sortit.
Seule. Je l'étais pendant toute la journée du lendemain, et tous les jours qui suivirent. La tristesse avait emplit mon cerveau. La déprime succédait à la joie. Le bonheur s'était enfuit, loin, très loin. Longtemps je me suis imaginé comment ça aurait pu se passer, si j'avais agis différemment. Si, pour une fois, je m'étais faite confiance. Si, pour une fois, une seule, je n'avais pas hésité, au risque de tout gâcher. Mais je me suis dit que c'était mieux comme ça.
J'étais triste. J'écoutais de la musique triste. Je restais des heures allongées dans mon lit avec une chanson qui passait en boucle. J'avais envie de pleurer, de faire sortir tout cet ennui de mon corps. Je pleurais et je me mettais en boule dans mon lit en attendant d'arrêter de trembler.
A quoi ça servait de pleurer ? Il y a des gens qui disent qu'on se sent mieux après. C'est vrai. Mais ce n'est pas pour autant que tout est oublié. C'est comme un médicament qui enlève la douleur, mais qui ne guérit pas la maladie. C'est temporaire.
J'y ai longtemps repensée à cette soirée. A ce moment d'insouciance, de légèreté, et je me suis dit qu'il ne fallait pas poursuivre cet instant, que la marche arrière, ça n'était pas possible. Tu es parti, on ne peut pas changer le destin. Je n'essaierais pas de te chercher, je ne tenterais pas l'impossible pour te retrouver.
Ces quelques heures, je ne les oublierai pas. Tu étais l'homme de ma vie : beau, intelligent, drôle, cultivé, doux... La perfection incarné. Le coup de foudre, un cliché, bien sûr.
Mais, pour moi, tout ça ne restera qu'un bon souvenir.


# Posté le jeudi 03 janvier 2008 08:50

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