Voilà maintenant dix ans qu'elle le connaît. Qu'ils se connaissent. Dix ans qu'elle lui fait entièrement confiance. Elle pourrait lui prêter sa vie - trust you with my life –.
Ah oui. Alors bon. Je vais expliquer. Elle, c'est Alixe, elle a dix sept ans. Elle est Américaine mais vit en France. Elle sait même pas pourquoi. Son rêve c'est de vivre à Paris, ou à New York peut-être. Elle le sait que c'est un cliché mais elle s'en fout. Elle aime bien les clichés. Comme aller en Italie pour manger des pizzas, ou des pâtes. Aller à Cannes pour le festival. Mais elle s'en fout de ça parce qu'elle vit là. Cannes. Sa deuxième maison. Comme Zara, le magasin. Mais bon c'est pas important tout ça. On s'éloigne. Je m'éloigne du sujet. Alixe qui lui fait confiance. Lui, je ne peux vous dire son prénom. A la fin peut-être. Si vous êtes sages.
Alors voilà, à part aller à Cannes, rêver d'aventures, de nouveautés, manger des bêtises et voir ses amis, Alixe elle voit quelqu'un. Un psy ? Mais non. Son copain ? Pourquoi pas ?! Elle est un peu folle Alixe, parce que lui, qui pourrait être son copain, il a une trentaine d'années. Et en fait, elle n'a aucune idée si lui l'aime. L'aime bien, oui. Mais comme amie seulement.
Malgré ses remarques parfois déplacées, leurs conversations aussi déplacées, elle ne sait pas, parfois s'en doute, se pose des questions, croit trouver une réponse, avance plus vite, se retourne, recule, et finalement se retrouve au point de départ : elle ne sait pas et s' [auto] noie dans ses propres pensées. [Pléonasme]
Lui, elle y pense souvent. Avant de s'endormir, en cours, aux repas de famille. Dans ces moments-là, elle est en accord avec elle-même. Tout autour d'elle s'efface, et ils se retrouvent tous les deux sur Terre. Elle l'a, c'est ce qui compte. Sans lui, elle serait perdue. Voilà pourquoi elle lui fait entièrement confiance. Voilà pourquoi – trust you with my life – parce qu'elle est Américaine.
Bien sûr, il y a eu les rendez-vous secrets. Les conversations weird sur msn, et les plus hot, comme l'été dernier.
Elle s'en souvient comme si c'était hier. La pièce un peu sombre. Les deux lits. La télé allumée mais sans son. Lui, sous ses couvertures. Elle, terriblement gênée, appréciant la conversation tout en voulant qu'elle se termine au plus vite. Il l'avait fait jurer de ne rien dire. Elle l'avait seulement répété à sa meilleure amie. Elle se sentait vachement coupable, n'empêche.
Malgré tout cela, malgré tous ces actes, remarques et regards insistants, elle l'aimait. Elle aimait leur relation illégale. Devant tout le monde, c'est comme s'ils ne se connaissaient pas, et puis leurs personnalités se dédoublaient lorsqu'ils étaient ensembles.
Mais bon. Après cela, en avril précisément, elle est tombée de haut Alixe. Parce qu'en avril, il s'est marié. Avec cette fille : petite, grosse, moche, avec des petits yeux et un gros ventre. Et pour couronner le tout, elle était enceinte. Très bien.
Avant cela, ça faisait quelques temps qu'ils discutaient sur msn, ça pervertissait pas mal les relations d'après elle, mais c'était leur seul moyen de communication pendant la journée.
Alors, depuis ce 12 avril, date à laquelle elle apprit la nouvelle, elle coupa tout contact, éteignit son portable Samsung V630I (son premier, elle en était très fière, il faisait même appareil photo), et fit tout ce qu'elle pu pour l'éviter. Les entraînements (ah oui, elle fait de l'athlétisme), se firent de plus en plus rares, et les soirées inutiles devant l'ordi ou la télé, de plus en plus régulières. Elle devint une no life. Solitaire au lycée, sans amis. Même sa petite classe de neuf élèves de Terminale L, la laissa tomber. Elle prit 7,3 kilos, et ses résultats scolaires, qui n'étaient déjà pas brillants, plongèrent. Elle avait touché le fond. Elle était au fond du gouffre.
Après des semaines passées à méditer sur son sort, elle décida de se reprendre en main. Elle n'avait plus eu de nouvelles du lui en question, mais s'efforçait de ne plus y penser. C'était dur, oui. Elle craquait souvent Alixe, et comme elle n'avait personne pour la réconforter, elle utilisait la nourriture. La bouffe. Elle haïssait la fille qu'elle était devenue, mais en même temps, elle ne connaissait pas d'autre échappatoire à son mal-être. Le chocolat, les glaces, les sandwiches, les biscuits, le fromage, tout y passait. Elle arrosait ensuite le tout avec du vin ou une boisson très sucrée. Ces moments-là était une véritable épreuve. Mais après l'effort, le réconfort. Elle s'agenouillait devant les toilettes, et ce n'est qu'au moment où ses doigts chatouillaient le fond de sa gorge, qu'elle récoltait le fruit de son travail. Enfin, la délivrance. Le point culminant de sa corvée. Un goût âcre emplissait sa bouche. Elle pleurait Alixe, à chaque fois.
Alors ses anciens souvenirs de bonheur se bousculaient dans sa tête. Les rendez-vous secrets. Les couchers de soleil. Encore un cliché. Les films passés à se tenir la main. Les bouquets de roses rouges. Les dîners en tête à tête, avec des bougies, évidemment. C'était une romantique, Alixe.
Mais c'est du passé maintenant. Allez Alixe, lève-toi. Arrête de pleurer. Tiens rince-toi la bouche, allez. Viens, je vais te mettre au lit. T'es mal là.
Une illusion. Un rêve, encore un. Il n'était pas là à s'occuper d'elle. Il devait être avec sa femme, Cindy, qu'elle s'appelait. Pfff c'est vraiment trop bête. Les larmes qui remontent.
Non Alixe ! Arrête ça ! Tout de suite. Viens là dans mes bras. Qu'est ce qui n'va pas ? Hein ? Pourquoi tu pleures ?
Elle ouvrit les yeux. Il était là.
Mais non, c'est ton imagination. Ce n'est pas vraiment lui.
Alixe, réponds moi ! Qu'est ce qui se passe ? Tu es brûlante. Allez viens, lève-toi.
Non, c'était vrai, c'était la réalité. Il était vraiment là à prendre soin d'elle. Elle s'abandonna. Laissa voyager son esprit. Délaissa son corps aux mains expertes qui s'employaient à la rendre heureuse.
Mais elle était déjà comblée. Ce qu'elle attendait, ce qu'elle avait espéré durant tout ce temps était là, avec elle, auprès d'elle. Elle avait tellement guetté son retour, que la moindre parole, le moindre geste, la mettait dans un état quasi-euphorique.
Il quitta sa Cindy. Elle reprit des forces. Ils reprirent leur relation la où elle s'était arrêtée. Comme si le tout n'avait été qu'un cauchemar. Elle le charmait. Lui avait exaucé son v½u le plus cher.
Lui, l'homme de sa vie.
Ah oui. Alors bon. Je vais expliquer. Elle, c'est Alixe, elle a dix sept ans. Elle est Américaine mais vit en France. Elle sait même pas pourquoi. Son rêve c'est de vivre à Paris, ou à New York peut-être. Elle le sait que c'est un cliché mais elle s'en fout. Elle aime bien les clichés. Comme aller en Italie pour manger des pizzas, ou des pâtes. Aller à Cannes pour le festival. Mais elle s'en fout de ça parce qu'elle vit là. Cannes. Sa deuxième maison. Comme Zara, le magasin. Mais bon c'est pas important tout ça. On s'éloigne. Je m'éloigne du sujet. Alixe qui lui fait confiance. Lui, je ne peux vous dire son prénom. A la fin peut-être. Si vous êtes sages.
Alors voilà, à part aller à Cannes, rêver d'aventures, de nouveautés, manger des bêtises et voir ses amis, Alixe elle voit quelqu'un. Un psy ? Mais non. Son copain ? Pourquoi pas ?! Elle est un peu folle Alixe, parce que lui, qui pourrait être son copain, il a une trentaine d'années. Et en fait, elle n'a aucune idée si lui l'aime. L'aime bien, oui. Mais comme amie seulement.
Malgré ses remarques parfois déplacées, leurs conversations aussi déplacées, elle ne sait pas, parfois s'en doute, se pose des questions, croit trouver une réponse, avance plus vite, se retourne, recule, et finalement se retrouve au point de départ : elle ne sait pas et s' [auto] noie dans ses propres pensées. [Pléonasme]
Lui, elle y pense souvent. Avant de s'endormir, en cours, aux repas de famille. Dans ces moments-là, elle est en accord avec elle-même. Tout autour d'elle s'efface, et ils se retrouvent tous les deux sur Terre. Elle l'a, c'est ce qui compte. Sans lui, elle serait perdue. Voilà pourquoi elle lui fait entièrement confiance. Voilà pourquoi – trust you with my life – parce qu'elle est Américaine.
Bien sûr, il y a eu les rendez-vous secrets. Les conversations weird sur msn, et les plus hot, comme l'été dernier.
Elle s'en souvient comme si c'était hier. La pièce un peu sombre. Les deux lits. La télé allumée mais sans son. Lui, sous ses couvertures. Elle, terriblement gênée, appréciant la conversation tout en voulant qu'elle se termine au plus vite. Il l'avait fait jurer de ne rien dire. Elle l'avait seulement répété à sa meilleure amie. Elle se sentait vachement coupable, n'empêche.
Malgré tout cela, malgré tous ces actes, remarques et regards insistants, elle l'aimait. Elle aimait leur relation illégale. Devant tout le monde, c'est comme s'ils ne se connaissaient pas, et puis leurs personnalités se dédoublaient lorsqu'ils étaient ensembles.
Mais bon. Après cela, en avril précisément, elle est tombée de haut Alixe. Parce qu'en avril, il s'est marié. Avec cette fille : petite, grosse, moche, avec des petits yeux et un gros ventre. Et pour couronner le tout, elle était enceinte. Très bien.
Avant cela, ça faisait quelques temps qu'ils discutaient sur msn, ça pervertissait pas mal les relations d'après elle, mais c'était leur seul moyen de communication pendant la journée.
Alors, depuis ce 12 avril, date à laquelle elle apprit la nouvelle, elle coupa tout contact, éteignit son portable Samsung V630I (son premier, elle en était très fière, il faisait même appareil photo), et fit tout ce qu'elle pu pour l'éviter. Les entraînements (ah oui, elle fait de l'athlétisme), se firent de plus en plus rares, et les soirées inutiles devant l'ordi ou la télé, de plus en plus régulières. Elle devint une no life. Solitaire au lycée, sans amis. Même sa petite classe de neuf élèves de Terminale L, la laissa tomber. Elle prit 7,3 kilos, et ses résultats scolaires, qui n'étaient déjà pas brillants, plongèrent. Elle avait touché le fond. Elle était au fond du gouffre.
Après des semaines passées à méditer sur son sort, elle décida de se reprendre en main. Elle n'avait plus eu de nouvelles du lui en question, mais s'efforçait de ne plus y penser. C'était dur, oui. Elle craquait souvent Alixe, et comme elle n'avait personne pour la réconforter, elle utilisait la nourriture. La bouffe. Elle haïssait la fille qu'elle était devenue, mais en même temps, elle ne connaissait pas d'autre échappatoire à son mal-être. Le chocolat, les glaces, les sandwiches, les biscuits, le fromage, tout y passait. Elle arrosait ensuite le tout avec du vin ou une boisson très sucrée. Ces moments-là était une véritable épreuve. Mais après l'effort, le réconfort. Elle s'agenouillait devant les toilettes, et ce n'est qu'au moment où ses doigts chatouillaient le fond de sa gorge, qu'elle récoltait le fruit de son travail. Enfin, la délivrance. Le point culminant de sa corvée. Un goût âcre emplissait sa bouche. Elle pleurait Alixe, à chaque fois.
Alors ses anciens souvenirs de bonheur se bousculaient dans sa tête. Les rendez-vous secrets. Les couchers de soleil. Encore un cliché. Les films passés à se tenir la main. Les bouquets de roses rouges. Les dîners en tête à tête, avec des bougies, évidemment. C'était une romantique, Alixe.
Mais c'est du passé maintenant. Allez Alixe, lève-toi. Arrête de pleurer. Tiens rince-toi la bouche, allez. Viens, je vais te mettre au lit. T'es mal là.
Une illusion. Un rêve, encore un. Il n'était pas là à s'occuper d'elle. Il devait être avec sa femme, Cindy, qu'elle s'appelait. Pfff c'est vraiment trop bête. Les larmes qui remontent.
Non Alixe ! Arrête ça ! Tout de suite. Viens là dans mes bras. Qu'est ce qui n'va pas ? Hein ? Pourquoi tu pleures ?
Elle ouvrit les yeux. Il était là.
Mais non, c'est ton imagination. Ce n'est pas vraiment lui.
Alixe, réponds moi ! Qu'est ce qui se passe ? Tu es brûlante. Allez viens, lève-toi.
Non, c'était vrai, c'était la réalité. Il était vraiment là à prendre soin d'elle. Elle s'abandonna. Laissa voyager son esprit. Délaissa son corps aux mains expertes qui s'employaient à la rendre heureuse.
Mais elle était déjà comblée. Ce qu'elle attendait, ce qu'elle avait espéré durant tout ce temps était là, avec elle, auprès d'elle. Elle avait tellement guetté son retour, que la moindre parole, le moindre geste, la mettait dans un état quasi-euphorique.
Il quitta sa Cindy. Elle reprit des forces. Ils reprirent leur relation la où elle s'était arrêtée. Comme si le tout n'avait été qu'un cauchemar. Elle le charmait. Lui avait exaucé son v½u le plus cher.
Lui, l'homme de sa vie.




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